Chapitre 8
On s'est enfermés dans le bureau de Raphaël, au premier, avec une bouteille de rouge qu'aucun de nous n'a ouverte.
« On va à la gendarmerie », a dit Raphaël.
« Elle dira que c'est un montage. »
« On a la vidéo. »
« Elle a Hélène. Elle a la banque, le syndicat, la moitié de Libourne. Elle jouera la fille brisée qui a perdu la tête par amour. »
« Alors on fait quoi ? »
« On attend le Trophée. »
Raphaël m'a regardée, les sourcils froncés.
« Je veux qu'elle soit exposée devant tout le monde. Au même endroit où on m'a humiliée. Devant les gens qui l'ont crue. »
« Et si on perd ? »
« On ne perdra pas. »
Il a ri, un petit rire fatigué.
« Tu sais, j'ai reçu un courrier de ma banque. Mon prêt de cent quatre-vingt mille euros est exigible au 15 mars. Ils ont changé d'avis. Sans avertissement. »
« Delcourt ? »
« Le directeur d'agence joue au tennis avec Gérard tous les mardis. »
« Si on gagne le Trophée… »
« Le contrat de distribution Lavigne, quatre cent mille euros à la clé. Je rembourse tout. Si on perd, je perds Combelongue. »
« Alors on gagne. »
Il a posé sa main sur la mienne, un dixième de seconde. Il l'a retirée aussitôt.
« Pardon. »
« T'as pas à t'excuser. »
Décembre a passé. Janvier est arrivé avec son gel dur, ses matins à moins six.
Le 14 janvier, on a taillé les Treize Rangs.
Raphaël et moi, côte à côte, deux sécateurs, dans la vigne nue qui ressemblait à un cimetière. Je coupais, je coupais encore. Chaque coup faisait tomber un sarment qui, la veille, était encore un bras.