Chapitre 7
« Clara ? »
Ce n'était pas la voix d'Adrien. C'était celle d'Inès, tout en haut, en fausset, comme une corde de violon qu'on tend trop.
« Clara ? Mais qu'est-ce que tu… »
« Bonjour, ai-je dit. Je suis Louise Varenne. »
Silence. Même la lumière sur la table avait l'air de retenir son souffle.
Adrien ne bougeait toujours pas. Il me regardait, et dans ses yeux il y avait quelque chose que je n'avais jamais vu : pas de la colère, pas du mépris. Une sorte de vertige.
« C'est une blague, a dit Maître Dorval, tranchant. Madame Meyer a été licenciée pour plagiat. Elle publie sous un faux nom, c'est la preuve même de sa mauvaise foi. »
« La preuve de quoi, maître ? » a demandé Maître Roux, très doucement.
« D'une manipulation. D'un détournement de la notoriété de ma cliente. »
« Un pseudonyme n'a jamais été un délit. »
« Elle copie son style ! »
« On ne copie pas son propre style », ai-je dit.
Tout le monde s'est tourné vers moi.
J'ai senti mon cœur battre dans mes tempes, mais ma voix est restée calme, plus calme que je ne l'avais espéré.
« Inès. » Je l'ai regardée droit dans les yeux. « Dis-moi la dernière phrase du chapitre douze de Toutes les nuits sans toi. »
« Je… » Elle a eu un petit rire nerveux. « Tout le monde la connaît, cette phrase. »
« Alors dis-la. »
« “Elle a gardé la clé dans sa paume, comme on garde une braise.” »
« Très bien. Et la phrase juste avant ? »
Elle a ouvert la bouche. Rien n'est sorti.
« C'est… c'est de la provocation. On ne retient pas son propre texte à la virgule près ! »
« Quel est le prénom de la grand-mère dans Cendres d'été ? Celle qui meurt au chapitre sept ? »
« Clara, arrête… »
« Pourquoi est-ce qu'elle quitte Nice à la fin des Étés de Lisbonne ? »
Inès a pâli, par plaques, comme du marbre.