Chapitre 8
Il est arrivé à 23 h 50.
J'avais entendu la sonnette de la porte cochère, un coup unique, hésitant, comme quelqu'un qui n'est pas sûr d'avoir le droit de sonner.
J'ai descendu les trois étages en pyjama, un gilet jeté sur les épaules.
Adrien se tenait sur le palier, trempé, un carton noir serré contre lui, comme un enfant qui porte une chose cassable.
Je n'avais jamais vu ses mains trembler.
« Je n'ai pas osé t'appeler. J'ai pris le dernier TGV. »
« Entre. Tu vas attraper froid. »
Je l'ai entendu rire, tout bas, sans humour.
« Même maintenant, tu penses à ça. »
Il a posé le carton sur la table de ma cuisine. Il a retiré l'élastique, avec une précaution presque religieuse.
J'ai pris le premier carnet, le plus vieux, avec la couverture écornée par mes doigts.
Mon écriture. Mes ratures. Mes dates, tracées en haut de chaque page : « 12 mars 2021. 14 mars 2021. »
Les premières lignes de Cendres d'été, telles que je les avais tracées, avec des flèches, des mots barrés, des petits dessins de vagues dans les marges.
J'ai senti ma gorge se serrer.
« Où ? »
« Dans la penderie de la chambre d'amis. » Il a avalé sa salive. « Inès est partie ce matin, elle avait une émission à Paris. J'ai cherché un chargeur. Ton écriture, sur le carton. »
« Tu as reconnu mon écriture. »
« Oui. »
« Avant, tu ne reconnaissais pas mes mots. »
Il a baissé la tête.
J'ai posé le carnet. Dehors, la pluie continuait.
« Assieds-toi. »
Il s'est assis. J'ai fait chauffer de l'eau. Je n'avais pas envie de le servir, mais mes mains avaient besoin de s'occuper.
« Dis-moi tout, Adrien. Pas les excuses. Les chiffres. »
Il a pris une inspiration.