Chapitre 7
Il se tenait au milieu de l'accueil, dans un costume froissé, la barbe de deux jours, les yeux rouges.
Trente-cinq ans et l'air d'un naufragé.
Dans sa main droite, serré à lui faire blanchir les doigts, il tenait un petit compas en laiton cabossé.
Raphaël s'était arrêté à côté de moi.
« Je reste ? »
« Non. Gardez juste la porte ouverte. »
La salle de réunion donnait sur la Garonne. Une table longue, six chaises. Adrien est resté debout.
« Camille. »
« Madame Roussel. Ici, c'est madame Roussel. »
Il a baissé les yeux.
« Madame Roussel. »
Silence. Dehors, un bateau-mouche faisait demi-tour.
Il a posé une feuille sur la table. Une liste, écrite à la main, de sa belle écriture régulière.
« J'ai vérifié. La Joséphine, le 3 mars. Détroit de Gibraltar, quatorze nœuds. J'ai appelé le chantier de Gênes. Ils n'ont jamais vu de bateau avec ce nom. J'ai regardé les trente et une factures, une à une. Toutes tamponnées par Maxime. Toutes le même jour du mois. »
« Je sais. Je l'ai écrit dans mon rapport. »
« Tu avais raison. »
« Je sais, Adrien. »
« Pourquoi tu ne m'as pas forcé à t'écouter ? »
Il a posé la question comme un enfant. Ça m'a fait plus de mal que tous les cris.
« Forcé ? »
Je me suis levée.