Le jour où j'ai cessé de l'attendre

Chapitre 1

La bougie s'était éteinte depuis longtemps quand mon téléphone a vibré.

Ce n'était pas Adrien. C'était une notification : il venait d'être identifié sur une photo.

Sur l'image, il souriait – de ce sourire que je ne lui avais plus vu depuis trois ans – le bras autour des épaules de Camille Morel.

« Bon retour à Paris, mon amour de toujours », disait la légende.

J'ai regardé le gâteau sur la table. Nos trois ans de mariage, écrits en crème au beurre. J'avais passé l'après-midi à le décorer, parce qu'Adrien avait dit un jour, il y a longtemps, qu'il n'aimait pas les gâteaux de pâtisserie. « Trop parfaits. On ne sent pas les mains de la personne. »

Je ne savais même plus s'il se souvenait l'avoir dit.

À vingt-trois heures, j'ai rangé les assiettes. À minuit, j'ai éteint le four où attendait le magret. À une heure, j'ai enfin cessé de vérifier mon téléphone.

Il est rentré à deux heures dix.

J'ai entendu la porte, puis ses pas dans l'escalier, réguliers, sans hâte. Quand il est passé devant la salle à manger, il s'est arrêté. Le gâteau était toujours là. Je n'avais pas eu le courage de le jeter.

« Tu ne dors pas ? »

Il sentait le champagne et un parfum qui n'était pas le mien. Un parfum de jasmin, sucré, que je connaissais pour l'avoir senti sur des lettres qu'il gardait dans un tiroir fermé à clé.

« C'était notre anniversaire, Adrien. »

Il a jeté un coup d'œil au gâteau. Une seconde. Peut-être deux.

« Camille est rentrée ce soir. Elle n'a plus personne à Paris, je n'allais pas la laisser seule. »

« Tu aurais pu m'appeler. »

« Clara. » Il a desserré sa cravate, ce geste las qu'il faisait toujours avant de me dire que j'exagérais. « Ne commence pas. Tu sais très bien pourquoi on s'est mariés. »

Oui. Je le savais.

Je l'avais épousé parce que je l'aimais depuis la fac, depuis ce jour de pluie où il m'avait prêté son parapluie sans même me regarder. Lui m'avait épousée parce que sa grand-mère, Hélène Delacroix, refusait de lui céder la présidence du groupe tant qu'il n'était pas « rangé ». Et parce que la femme qu'il aimait, Camille, était partie à New York sans se retourner.

Pendant trois ans, j'avais cru que l'amour finit toujours par se mériter. Qu'à force de petits-déjeuners, de chemises repassées, de dîners gardés au chaud, il finirait par me voir.

Il est monté se coucher sans un mot de plus.

Je suis restée seule avec le gâteau. Puis j'ai ouvert le tiroir du buffet, celui où je rangeais les nappes de fête, et j'ai sorti l'enveloppe kraft cachée sous la plus belle.

Les papiers du divorce. Préparés depuis quatre mois. Je n'avais jamais eu le courage de les signer.

Cette nuit-là, ma main n'a pas tremblé.

J'ai posé les feuilles sur son bureau, à côté de son agenda en cuir. Il les trouverait le matin, pensais-je.

Il ne les a vues que trois jours plus tard.

Et à ce moment-là, il était déjà trop tard.