Chapitre 4
ADRIEN
La maison était trop silencieuse.
C'est la première chose qu'Adrien Delacroix remarqua, le jeudi soir, en rentrant d'un séminaire de trois jours à Genève. Pas d'odeur de cuisine. Pas de musique douce dans le salon. Pas de lumière sous la porte de la chambre de Clara.
Il se dit qu'elle boudait. Elle finirait par descendre, comme toujours.
Il monta dans son bureau pour y poser sa mallette.
L'alliance l'attendait au centre du sous-main en cuir, posée sur une liasse de feuilles. Un petit cercle d'or blanc, si simple qu'il ne l'avait jamais vraiment regardé.
« Requête en divorce par consentement mutuel. »
La signature de Clara, au bas de la dernière page. Nette. Sans rature. Datée de la nuit de leur anniversaire.
Il resta debout un long moment, les feuilles à la main, avec la sensation étrange que le sol venait de bouger sous ses pieds.
Puis il sortit son téléphone et composa son numéro.
« Le numéro que vous avez demandé n'est plus attribué. »
Il rappela. Même message. Il appela Hélène, qui décrocha à la première sonnerie et lui dit, d'une voix qu'il ne lui connaissait pas : « Tu as mis trois jours à t'en apercevoir, Adrien. Trois jours. » Puis elle raccrocha.
Il poussa la porte de la chambre de Clara.
Le lit était fait au carré. L'armoire, à moitié vide. Sur la commode, rien. Pas un mot. Pas une photo. Comme si personne n'avait jamais vécu là.
Dans la corbeille, il trouva un carnet à spirale, abîmé, à la couverture tachée de café. Il l'ouvrit machinalement.
Le hall du Grand Hôtel de Nice.
Les verrières. La terrasse suspendue au-dessus de la baie des Anges. Page après page, des croquis d'une précision folle, annotés de son écriture fine. En bas de la première page, une date.
Deux ans plus tôt.
Camille n'était même pas encore rentrée de New York.
Adrien s'assit lentement sur le lit. Il se souvint de la cuisine, de la tablette, de la voix tremblante de Clara : « Ce sont mes croquis. » Il se souvint de ce qu'il avait répondu. Ne te ridiculise pas.
Son téléphone vibra. Marc, son directeur de la communication.
« Adrien, tu as vu les infos ? »
« Quelles infos ? »
« La Maison Valcourt vient de déposer sa candidature pour Nice. Contre nous. Les premiers retours du jury parlent d'un projet "d'une lumière exceptionnelle". » Une hésitation. « Et ils ont annoncé leur nouvelle directrice artistique. Je t'envoie la photo. »
L'image s'afficha.
Julien Valcourt, en costume sombre, sur les marches de l'hôtel de ville de Nice. Et à côté de lui, dans une robe bleu nuit, les cheveux relevés, avec un sourire qu'Adrien ne lui avait jamais vu…
Clara.
Pas la femme effacée qui gardait ses dîners au chaud. Une femme qu'il ne connaissait pas.
Une femme qui ne l'attendait plus.