Le jour où j'ai cessé de l'attendre

Chapitre 3

J'ai fait ma valise en vingt minutes.

C'est fou ce qu'on emporte quand on part vraiment. Pas les robes qu'Adrien m'avait demandé de porter aux galas. Pas les bijoux de la famille. Juste quelques vêtements, mes carnets, et la photo de ma mère.

Trois ans de vie dans une valise cabine.

En vidant ma table de nuit, j'ai trouvé un écrin bleu que je ne connaissais pas. Il avait dû le ranger là par erreur, ou par paresse. À l'intérieur, un bracelet en or fin, avec une petite breloque gravée d'une seule lettre : C.

Pendant une seconde, une seule, mon cœur s'est emballé. Il avait pensé à notre anniversaire. Il avait juste oublié de me l'offrir.

Puis j'ai vu le reçu plié sous le velours. La date : il y a deux semaines. Et au dos, de son écriture penchée : « Pour ton retour. »

Camille commence aussi par un C.

J'ai refermé l'écrin et je l'ai remis exactement là où je l'avais trouvé.

On a frappé à la porte de ma chambre. Ce n'était pas Adrien – il ne frappait jamais, il n'entrait jamais.

C'était Hélène Delacroix.

À quatre-vingt-deux ans, la grand-mère d'Adrien se tenait encore droite comme une lame. Elle était la seule, dans cette famille, à m'avoir jamais appelée « ma fille ». La seule à remarquer quand je ne mangeais pas.

Elle a regardé la valise. Puis moi.

« Il le sait ? »

« Il le saura. »

Elle s'est assise sur le bord du lit, lentement, et pendant un long moment elle n'a rien dit. Puis elle a sorti de son sac une enveloppe épaisse, scellée à la cire.

« Je l'ai préparée le jour de votre mariage. »

« Je ne peux pas accepter, Hélène. Je ne veux rien de cette famille. »

« Ce n'est pas un cadeau de la famille. » Ses yeux gris se sont plantés dans les miens. « C'est une dette. J'ai poussé mon petit-fils à t'épouser parce que je savais que tu étais la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Je n'avais pas prévu qu'il serait trop aveugle pour s'en rendre compte. »

Elle a posé l'enveloppe sur ma valise.

« Ne l'ouvre que le jour où tu en auras besoin. Tu sauras quand. »

Elle m'a serrée contre elle, très fort, comme une mère. Et puis elle est partie.

Ce soir-là, Adrien n'est pas rentré dîner. Il avait envoyé un message à sa secrétaire, qui me l'avait transféré : « Dîner de travail avec Mlle Morel. Ne pas attendre. »

Ne pas attendre.

C'était exactement ce que j'avais décidé.

À cinq heures du matin, avant que la maison ne s'éveille, j'ai retiré mon alliance. Je l'ai posée sur les papiers du divorce, au milieu du bureau, là où il ne pourrait pas la manquer.

Puis j'ai descendu l'escalier sans faire de bruit, j'ai traversé le jardin couvert de rosée, et j'ai refermé le portail derrière moi.

Je ne me suis pas retournée.

Pour la première fois depuis trois ans, je n'attendais plus personne.