Chapitre 10
Adrien n'a pas répondu tout de suite.
Il avait les yeux pleins de larmes. Il a levé la tête vers moi, comme pour demander la permission.
J'ai hoché la tête. Une seule fois.
« Oui, a-t-il dit. Si tu veux bien. »
Léo a réfléchi avec la gravité d'un notaire.
« T'as la même tache dans l'œil que moi.
— Oui.
— Alors c'est que t'es bien mon papa. »
Il a posé sa petite main sur la joue d'Adrien.
Et devant trois cents personnes, un homme qui avait signé des contrats de trois cents millions a éclaté en sanglots.
Je me souviendrai toute ma vie de ce moment.
Les flashs ne m'ont même pas gênée. J'ai pleuré moi aussi. Camille pleurait derrière nous. Hugo, au premier rang, s'est essuyé les yeux discrètement.
Mais je n'ai pas pardonné ce soir-là.
Ni le lendemain.
Adrien, lui, n'a pas insisté.
Il a passé les semaines suivantes à faire exactement ce qu'il avait promis. À me le prouver.
Il est venu à Bordeaux tous les week-ends. Il dormait dans un petit hôtel du quartier, jamais chez moi. Il apportait du pain frais et des légos.
Il apprenait. Les histoires du soir. Les noms des tortues. Comment on attache des lacets de chaussures de petit garçon.
Il a reconnu officiellement Léo à la mairie du quatrième arrondissement de Bordeaux, un mardi de juillet, devant l'officier d'état civil.
Il avait mis son plus beau costume. Il avait les mains qui tremblaient en signant.
« Léo Vasseur-Delcourt, a lu l'officier. Bienvenue dans votre famille, jeune homme. »
Léo a regardé son père.
« Tu veux bien dormir à la maison, des fois ? »
Adrien a regardé Léo. Puis moi.
« Si ta maman est d'accord.
— Maman ? »
« On verra, ai-je dit. Pas tout de suite. »