Chapitre 6
Personne n'a bougé.
Le vent a fait claquer un volet quelque part dans la villa.
Camille s'est arrêtée à dix mètres, la main sur la bouche.
Adrien regardait mon fils comme on regarde un fantôme.
J'ai pris Léo dans mes bras. Il a refermé ses petits doigts autour de mon cou, le lézard toujours serré dans l'autre main.
« Camille, ai-je dit sans quitter Adrien des yeux. Emmène-le à l'hôtel. S'il te plaît. »
Camille a tendu les bras. Léo a hésité.
« Il est méchant, le monsieur ? a-t-il chuchoté à mon oreille.
— Non, mon cœur. Il est juste surpris. »
J'ai embrassé ses cheveux. Camille l'a emporté en lui parlant à voix basse.
Je les ai regardés disparaître derrière les pins, jusqu'à ce que le dernier bruit de petits pas s'éteigne.
Puis je me suis tournée.
Adrien n'avait pas changé de place. Il avait les poings fermés le long du corps.
« C'est ton fils.
— C'est mon fils.
— Il a quel âge ? »
« Quatre ans et un mois. »
Je l'ai vu compter. Sur ses doigts, comme un enfant, les yeux perdus dans le vide.
Ce geste m'a presque fait pleurer. Je me suis mordu la joue.
« Octobre, a-t-il murmuré. Il y a quatre ans, en octobre… »
« Oui.
— Tu étais enceinte quand tu es partie. »
« Je te l'ai écrit. »
Sa tête a bougé. À peine.
« Quoi ?
— Je te l'ai écrit, Adrien. Vingt-trois fois. »
Il a ouvert la bouche. Rien n'est sorti.
J'ai sorti mon téléphone de ma poche. Mes mains tremblaient.
J'ai cherché dans mes archives la capture d'écran, celle que j'avais gardée comme une cicatrice.
Je la lui ai tendue.